LA CHOUETTE ET LE SÉCATEUR

Depuis l’aube, je me fraie un chemin dans cette jeune saulaie. Les rameaux dansent avec la brise et changent de couleur à la lumière Ils prennent ces reflets bleus et argentés, que j’aime tant. Je me laisse bercer par leurs mouvements. Mon sécateur à la main, j’avance, lentement, à mesure de ma coupe.

Interdite, je remarque qu’elle se tient, là, tout près de moi. Elle me regarde de haut, somptueuse impératrice sauvage. Avec une vitesse déconcertante, ses yeux bridés me fixent puis se détournent . Me fixent puis se détournent. Me fixent puis se détournent. Son épaisse toise blanche immaculée, empruntée aux tsars russes, semble d’une douceur infinie. Elle la recouvre presque toute entière. Sa petite tête aux traits fins s’enfonce profondément dans cette parure de plumes.

Je reste immobile et retiens mon souffle pour ne pas l’effrayer. Ne surtout pas l’effrayer. Chouette effraie. Je souhaite comme jamais une éternité pour la contempler. Un léger mouvement de ma main me trahit. Elle finit par comprendre qui je suis. Bien trop humaine, bien trop prédatrice, je ne mérite en rien ce spectacle d’une beauté fragile et infinie.

Elle s’élance alors sans hésiter, comme vexée de s’être laisser tromper, déploie ses ailes immenses et laisse apparaître le revers de sa parure. Un imprimé moucheté de beige et de brun disparaît.

Chouette effraie, ne nous reverrons-nous jamais?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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